Le projet REPPAR-M (dépôt FEDER programmation 2021-2017 en cours d’instruction) vise a comprendre et a réduire l’exposition des populations martiniquaises aux pesticides d’origine agricole qui se retrouvent dans les rivières, alors même que celles-ci fournissent l’essentiel de l’eau potable de l’île. Porté par des agents CIRAD des unités UR HortSys et UMR TETIS, il s’inscrit dans un contexte particulier: une agriculture insulaire marquée par des usages anciens et parfois persistants (dont la chlordécone) mais aussi par des pratiques plus récentes (glyphosate, herbicides en bananeraies, cultures maraîchères), sur un territoire soumis a de fortes pluies et a des évolutions climatiques rapides. L’enjeu est d’identifier quand, où et pourquoi ces substances arrivent dans les milieux aquatiques, puis de proposer des leviers d’action pour les limiter.
Pour y arriver, le projet croise trois blocs de connaissances. D’abord, il rassemble et met en forme les données disponibles sur la qualité des eaux de surface en Martinique (notamment celles de l’ODE et du dispositif OPALE). Ensuite, il reconstitue l’histoire agricole du territoire: quelles cultures ont été implantées, quelles molécules ont été utilisées, comment les pratiques ont évolué, et comment la pluviométrie et les événements extrêmes ont pu favoriser le transfert vers les rivières. Enfin, il mobilise un volet de modélisation qui permet de relier ces informations entre elles et de comparer les résultats a ce qui est réellement mesuré.
C’est là qu’intervient le modèle AgriSTAMP. Développé et éprouvé en contexte antillais, il est ici adapté aux conditions martiniquaises pour simuler dans le temps et dans l’espace la pression exercée par les pesticides sur les milieux. Le modèle reçoit en entrée les données reconstruites sur les cultures, les pratiques phytosanitaires et les pluies; il calcule ensuite comment ces usages se traduisent en transferts vers les sols puis vers les eaux de surface. On peut ainsi: 1) reconstituer des périodes passées de forte pression, 2) vérifier la cohérence de ces résultats avec les données de terrain, 3) faire tourner des scénarios de gestion (poursuite des usages actuels, réduction ou substitution de certaines molécules, évolution du climat) et voir leur effet sur la contamination des rivières. Autrement dit, AgriSTAMP sert de passerelle entre les pratiques agricoles et la qualité de l’eau, et transforme des données hétérogènes en un outil d’aide a la décision.
Le projet est mené en lien avec les acteurs de l’eau, les services de l’Etat, les structures d’appui au monde agricole et les organismes de santé afin que les résultats puissent être directement mobilisés pour la planification, la protection des captages et l’accompagnement d’une agriculture plus durable en contexte tropical insulaire. A terme, REPPAR-M doit fournir au territoire un cadre scientifique robuste pour anticiper les risques de contamination, cibler les zones et périodes sensibles, et orienter les politiques publiques vers la réduction des transferts de pesticides vers les rivières.